Voici en cadeau, une critique de l'Empire du Soleil de Steven Spielberg, que Mathieu Kassovitz a écrit dans le fanzine EVIL Z N°7 en Février 1988.

EMPIRE OF THE SUN

SPIELBERG est de retour. Il n'était pas parti très loin, mais le revoilà avec certainement l'un de ses plus beaux films.

L'EMPIRE DU SOLEIL, c'est le Japon en 1939, juste avant Pearl Harbour. A cette époque, la Chine est encore sous l'empire des britishs et à Shangaï, les familles anglaises vivent en ghetto, totalement étrangères à ce qui les entoure. Elles vivent renfermées sur elles-mêmes et dirigent un pays qu'elles ne connaissent pas vraiment. Jim GRAHAM, 12 ans, est le fils unique d'une de ces familles superpuissantes. Jim ne connaît du Japon que ce qu'il a pu en voir au travers des vitres de la limousine familiale, et ne connaît les chinois qu'au travers des serviteurs couleur locale qui s'agitent autour de lui pour satisfaire ses moindres caprices. John est ce qu'on appelle "spoild' n' rotten", gâté et pourri; sa vie est celle d'un petit prince ne manquant ni d'affection, ni de jouets, ni de nourriture.

Puis un jour, le Japon déclare la guerre au reste du monde et la domi-nation anglaise prend fin avec fracas. Dans la panique générale, Jim se retrouve séparé de ses parents. Du jour au lendemain, il se retrouve seul face à lui-même, les deux pieds en plein milieu d'un univers dans lequel il a toujours vécu sans jamais le fréquenter. Obligé d'être le plus malin pour se nourrir et tout simplement pour survi-vre, Jim va plonger tête la première dans ce monde duquel il ressortira terriblement marqué et adulte avant l'âge.

Par la barbe du prophète, que ce film est beau. SPIELBERG est au sommet de son art durant les 2h37 que dure cette pelloche magistrale. SPIELBERG adore faire pleurer et il est passé maître en la matière avec des films comme E. T. ou THE COLOR PURPLE. Mais avec EMPIRE OF THE SUN, SPIELBERG abandonne les grosses ficelles et revient à la base (rappelez-vous la base... Dieu quelle base !)

Pas de gnan-gnan infantile, vous serez surpris par la dureté de ce film qui est dans la lignée psychologique de SUGARLAND EXPRESS. Ah oui, j'oubliais! Vous pouvez ranger les photos d'Henri THOMAS (E.T.) et de tous les petits gastronomes en culottes courtes qui vous avaient étonné dans les productions SPIELBERG, car si vous n'avez pas encore vu EMPIRE OF THE SUN, considérez que vous n'avez encore rien vu !!! Le tout est saupoudré d'une épaisse couche d'un John WILLIAMS du meilleur cru, et l'ensemble fait sourire, rire et pleurer avec un plaisir extatique (ça veut dire "super bat" bande de lecteurs de Starfix). Bonne année et que Buckaroo BANZAI vous protège et que la patience vous accompagne: EMPIRE OF THE SUN sortira peut-être seulement en avril en France.

Mathieu "R.I.P. Squad" KASSOVITZ

P.S. Je peux vous raconter le film au téléphone: 200 Frs les 20 mn CB acceptées.