IV Assassin(s) : « C'était un film-testament ».

As-tu pensé à Tueurs Nés pour Assassin(s) ?

On y a pensé parce que c'était le même sujet, mais on ne s'en est jamais inspiré. Nicolas et moi, on voulait faire exactement l'opposé. On a essayé de tout responsabiliser et de pas montrer de meurtres gratuits.

On a un peu l'impression qu'Oliver Stone soigne le mal par le mal...

On comprend son propos, mais il le traite avec le même mal qu'il accuse. En fait c'est ce que tu dis..

Merci...

De rien...

Pourquoi as tu développé le court Assassin ? C'était dû à une frustration ?

Je voulais plus développer la violence dans un film, qu'il soit long ou court...

Le court est donc le noyau du film ?

Je ne sais plus très bien pourquoi. Je suis parti du court parce qu'il y avait aussi la télé dans le court et, après tous mes problèmes avec La Haine, je voulais développer cet aspect-là.

Tu as vraiment pris le court comme point de départ pour l'écriture du long ?

Je savais qu'au bout de 5 à 15 minutes du film, il y aurait cette scène. On a tout construit autour de ça.

A partir de quand as tu travaillé avec Nicolas Boukhrief ?

Il s'est passé 4/5 ans entre le court et le long. J'ai donc eu le temps de réfléchir pendant La Haine. je savais comment ça allait commencer et comment ça allait se terminer. Avec Nicolas, on a fabriqué l'histoire en elle-même. Mais on est passé par plein d'étapes... Savoir s'il y avait un commanditaire, si c'était le diable, comment le représenter...etc

Comment expliques-tu, justement, que le film n'ait jamais cessé de changer?

Je n'en sais rien du tout...

La Haine était beaucoup plus carré au niveau de sa conception...

Oui, parce que La Haine est une situation très concrète, c'est difficile d'en sortir. Il y a un début, un milieu et une fin. Maintenant, faire un film qui traite de comment transmettre le savoir d'une génération à une autre et de comment la vision de cette génération est corrompue par un regard différent sur la société... c'est beaucoup plus compliqué à mettre en place. C'est pour cela qu'on a beaucoup changé, il fallait trouver la façon de l'expliquer... Il aurait fallu 6 mois de plus pour construire un scénario béton. J'ai accepté que les problèmes de temps fassent partie de la fabrication du film.

Est-ce-que le fait de traiter de nos rapports à la violence dans Assassin(s) t'as fait changer d'avis sur ce sujet... On pense notamment à William Friedkin, qui est passé de contre la peine de mort à pour la peine de mort après avoir réalisé Le Sang du Châtiment ?

C'est tellement ma vision... Quand je regarde la télé, je ressens ça. Ma vision s'est plutôt affirmée sur le sujet. Si je devais le refaire aujourd'hui, je le referais comme cela. Mais je suis heureux qu' Assassin(s) ait été fait dans ces conditions. Je pense qu'il y a des films qui doivent être faits comme cela...
Je n'ai pas changé d'avis sur le fait qu'il y beaucoup de violence à la télé. Pour moi, c'est tellement évident que je ne peux pas changer d'avis. C'est pour cela qu'Assassin(s) est dans l'évidence... Ce n'est pas un film qui essaye de démontrer quelque chose que l'on connaît tous. C'est vrai que la télé est con. Même les jeux vidéos. Moi j'adore ça, mais c'est que de la baston... que ça. C'est de plus en plus réaliste et je ne pense pas que cela aille dans le bon sens. Et puis quand je vois les critiques que j'ai eues de la part de journalistes professionnels, je me dis qu'ils contribuent à cette merde. On pourrait faire des trucs tellement géniaux avec la télé...
Assassin(s) est de toutes façons fait pour être détesté, mais ce que je dis c'est que j'espère que les gens qui détestent le film le détestent pour de bonnes raisons.

Tu penses que le côté brouillon d'Assassin(s) sert le film...

Oui, parce que c'est un problème qui est toujours d'actualité, qui est toujours en évolution. C'est comme un combat de boxe : soit tu te prépares et tu fais un truc très calculé, soit tu laisses monter la haine qu'il y a en toi et tu exploses sur le ring. Tu feras plus mal, mais tu peux te ramasser plus facilement également. J'avais tellement de haine envers tout le système-médias qu'on a essayé de mettre un maximum de ce que j'avais ressenti. Les gens qui passent à-travers les médias d'une façon active comme moi ont une vision complètement différente de ceux-ci.

Si La Haine avait été un four total, aussi bien financier que critique, tu aurais trouvé le courage de faire Assassin(s) ?

Je ne sais pas si j'aurais fait Assassin(s) parce que je n'aurais peut être pas eu les sous. Je n'aurais peut être pas eu Michel Serrault. Et puis je n'aurais peut être pas bénéficié de l'expérience des médias que j'ai eu avec La Haine...

Tu n'aurais pas fait le film sans Michel Serrault ?

Qui aurait pu jouer ce personnage ? Michel Bouquet...

Par exemple...

Oui mais il est moins drôle... Rochefort avait fait le même rôle un peu avant et, de toutes façons, il avait refusé le court-métrage Assassin. Noiret a fait Max et Jérémie.

Trintignant ?

J'ai travaillé avec lui et je sais qu'il aurait refusé parce qu'il n'a plus vraiment envie de travailler. Tandis que Michel a vraiment envie de travailler.

C'était pas trop lourd d'avoir Serrault sur le tournage ?

Si, c'était super lourd parce qu'il avait un tournage après et qu'on avait un mois avec lui. Tous les jours, c'était donc la course contre la montre pour faire les choses bien et utiliser Serrault comme il le fallait. D'ailleurs, Serrault fait des choses dans Assassin(s) que je n'ai jamais vues ailleurs. Ca c'était la récompense, mais la contrepartie, c'était de toujours lui proposer des idées.

Quel a été son apport au personnage de Wagner ? Est-ce qu'on écrit encore des dialogues pour Serrault ?

Oui, oui, on écrit des dialogues pour Serrault parce qu'il aime travailler sur les dialogues, mais on les retravaille ensemble. Je trouve que certains dialogues se rapprochent d' Audiard grâce à Michel Serrault qui les met superbement en bouche.

Quelle était l'attitude de Serrault sur le tournage en général ?

Il est constamment sur le plateau, il est jamais dans sa caravane. Il travaille tout le temps et il est tout le temps prêt. Il a eu une petite période d'adaptation d'une semaine pour s'habituer au rôle, mais après, quand on s'est mis d'accord sur la façon de travailler, c'était gagné.

Jusqu'à quel point Michel Serrault a-t-il influencé Wagner ?

A partir du moment ou on écrit pour un acteur comme ça, c'est presque gagné, car il est tellement bon.

Pourquoi as tu joué dans ton propre film ?

C'était une des conditions pour que Michel Serrault accepte.

Ca doit faire plaisir...

Oui, alors on refuse pas. Il m'aimait bien en tant qu'acteur.

C'était lourd d'être acteur, producteur et réalisateur ?

C'était très lourd

Tu le referas ?

Non ! Je crois que je ne le referai plus jamais... C'était marrant dans Métisse, mais sur Assassin(s) c'était vraiment pas marrant, surtout que dans 90 % des plans je ne fais rien, alors c'est un peu angoissant.

Quelles en ont été les conséquences pour le film ?

J'ai pas eu la possibilité d'être réalisateur quand j'étais comédien et d'être comédien quand j'étais réalisateur... Mais d'un autre côté, cela faisait partie du jeu.

Si tu avais eu le choix, tu n'aurais pas joué dans ton film ?

A posteriori non.

Et avant que Serrault ne t'impose ?

J'y avais pensé mais je m'en étais détaché très rapidement. En même temps, c'était un truc tellement personnel que je devais l'assumer jusqu'au bout.

A l'origine, tu aurais pris qui pour interpréter Max ?

J'ai pensé à plein de gens, Saïd et Vincent entre autres, et puis je me suis dit : « c'est mon film, c'est à moi de le faire ».

C'était un défi ?

Même pas, il fallait y aller, c'est tout ! Sinon on perdait Michel. Et ça s'est très mal passé avec l'équipe.

Ah Bon ?

Oui, ils sont devenu mous. C'est-à-dire que comme on avait eu des Césars, ils pensaient qu'il n'y avait plus de problèmes, que c'étaient les patrons et que, si il y avait un problème, j'allais le régler. Mais ça n'a jamais été comme ça. Moi, j'écrivais le scénario le soir, le lendemain je devais jouer avec Michel Serrault qui n'était là que pour un mois et en plus je devais le réaliser. En plus, j'avais une équipe technique qui me demandait pourquoi je faisais tel ou tel plan. J'avais pas le temps, je ne pouvais pas. Alors on s'est très vite engueulés et c'est devenu une bagarre. On se faisait pas la gueule pour autant parce que certains étaient là depuis mon premier court.

Tu rebosseras avec eux ?

Certains oui.

Cela a du être très dur nerveusement...

C'était trop limite.

Ca a eu une influence sur le film ?

Oui bien sûr, mais le film a eu aussi une influence sur l'ambiance. Moi je devenais violent sur le tournage parce que je devais être violent dans le film. C'était super tendu, personne ne s'est tapé sur la gueule et on a fini tous copains, mais c'était dur. Tout les matins, te lever pour aller tourner une scène de meurtre, ça te tape sur la conscience.

Christophe Rossignon nous a dit que tu bossais énormément en équipe. C'était peut être le premier film où tu bossais beaucoup plus en solo...

La précipitation était telle que je n'ai pas pu correctement communiquer avec Christophe. Par contre, c'était la première fois que je travaillais avec un co-scénariste.

Et cela a été une bonne expérience ?

Oui, super.

Très peu de gens on parlé de l'interprétation géniale de Mehdi... Comment tu l'as trouvé ?

C'était une des conditions principales pour faire le film de trouver très vite le môme. Serrault nous a donné l'accord un jeudi et on commençait le tournage le lundi suivant. Moi, en plus de tout, je ne pouvais pas assurer le casting. Le troisième môme qu'on a vu, c'était le bon. Après, j'ai travaillé avec lui.

C'était une audition classique ?

On est allé dans un foyer et on l'a trouvé là. Lui était pas trop chaud, il était timide, mais après avoir discuté il était d'accord.

Comment as-tu travaillé avec lui ?

On a travaillé de façon très très simple. Il ne connaissait pas le cinéma, il ne connaissait pas Serrault. Il ne fallait pas faire des références trop compliquées. D'un autre côté c'était un malin, alors il voulait comprendre pourquoi il devait faire telle ou telle chose. Mais lui était plus dans le trip : "dis moi ce qu'il faut faire et fait pas chier avec tes problèmes".

Entre Serrault, Mehdi et ton rôle de réalisateur, c'était vraiment un film schizophrénique ?

Oui, et puis un mois avec Serrault sans Mehdi et puis un autre mois avec Mehdi sans Serrault.

L'alchimie a bien fonctionné entre Mehdi et Serrault ?

Oui, même s'ils ne se sont pas croisés beaucoup. Mais c'était bien de les voir ensemble.

Tu rebosserais avec Medhi Benouffa ?

Ouais bien sûr. J'adorerais...

Tu considères que le montage d'Assassin(s) n'est pas terminé. A quel point ?

Il n'est pas terminé dans le sens où il me faudrait encore du temps pour le finir. Mais on s'est dit : "voilà, le film il est comme cela". Et puis le film est allé à Cannes, qui était un endroit rêvé pour montrer Assassin(s)

Tu t'attendais vraiment à la volée de bois vert que tu as reçu ?

Oui mais pas à ce point là. Mais il fallait le présenter à Cannes, c'était un magnifique bras d'honneur même s'il a fallu précipiter le montage pour cela. De toutes façons, c'était la nature même du film qui voulait cela.

Tu aurais changé quoi dans le montage si tu avais eu plus de temps ?

J'aurais enlevé deux/trois scènes sur mon personnage qui me semblaient un peu répétitives. En fait, j'aurais enlevé 5 à 10 mn du film. Mais après je me suis dit que comme, de toutes façons, rien n'a été fini au niveau de la production du film, autant le laisser à moitié inachevé. Si je voulais faire un film parfait, il aurait fallu que je recommence le film dès l'écriture. En fait, Assassin(s) est parfait dans sa précipitation. Mais je ne referai plus quelque chose comme cela. C'était un film testament.

Tu ne feras donc jamais plus de film pamphlet ?

Non. Non, non !

Tu as coupé beaucoup de scènes dans Assassin(s) ?

On pense notamment à la scène du kiosque à journaux dont nous avions vu le tournage et que nous n'avons pas revue dans le film...

C'était pas une scène intéressante : Wagner payait une pute à Max et, pendant ce temps, il allait acheter un journal dans un kiosque ; il y avait un môme qui le regardait. Mais j'ai mal réalisé la scène (7).

Pour Assassin(s), tu as pas mal travaillé avec les effets spéciaux numériques. C'était difficile à aborder ?

Non, parce que c'était des choses assez simples, du genre quelqu'un qui rejette une fumée qui prend une forme de tête de mort...

Il y avait quand même le travelling avant cassé avec la nuit qui tombe...

Ca, c'était le gros truc. C'était de la motion-control (8) plus un matt derrière. Mais les effets numériques, c'est ce qu'il y a de plus simple, tu peux tourner caméra à l'épaule et rajouter ce que tu veux après. Tu n'as plus besoin de préparer ton plan pour le trucage. Tu tournes et ils travaillent ensuite.

Tu aimerais y revenir dans un projet futur ?

Je crois que, de toutes façons, ça va être très dur de trouver un projet qui ne fasse plus appel au numérique, parce que cela devient pas très cher et tu peux faire des choses incroyables. Mais moi j'aime utiliser du numérique pour montrer des choses incroyables, utiliser le numérique parce qu'on ne peut pas faire autrement. Parce que j'aime aussi les trucages simples : j'aime les marionnettes, les trucages à la prise de vue...

Pour Assassin(s), as-tu l'impression de n'avoir pas assez exploité la confusion entre réalité et fiction dans la tête de Mehdi ?

Oui mais j'avais pas trop envie de faire un film pour dire aux gens comment il faut penser. Ca me paraît tellement clair que la confusion est là. C'est tellement évident qu'il suffit de le montrer... Le môme qui tire sur l'écran de télé ou le "just do it" avant de faire un meurtre, je crois que je n'ai pas besoin de mettre les points sur les i.

Tu as dit que vous aviez fait un essai de scénario avec Wagner en diable. Dequelle manière le récit aurait fonctionné avec cette idée ?

Wagner devait être effectivement le diable mais il y eu beaucoup d'autres essais avec le diable qui se réincarne d'entre les morts. Ce sont des idées qu'on a abandonnées. Je voulais une imagerie du diable joué par un personnage. Je ne voulais pas que cette imagerie passe uniquement par la télévision et que tout le reste soit normal. Le diable était chez Wagner et tu retrouvais cette imagerie à la télé également. J'ai inclus des petits éléments fantastiques dans le film, mais qui n'ont pas forcément de liens avec le récit. Je ne voulais pas que le film soit un pur film de tueur mais, lorsque l'on voit cette imagerie fantastique, on se dit que le film est mal fichu. L'ambition d'Assassin(s) c'était de mettre quelqu'un devant un écran de télé et de le laisser les yeux ouverts, comme dans Orange Mécanique. Le but du film, c'était : Vous avez payé pour voir le film, vous ne pouvez pas sortir sinon vous allez perdre votre argent et, maintenant, vous allez subir le film. L'état d'esprit du film c'était ça.

Est ce que tu penses avoir touché un tout petit peu le public auquel le film était destiné. Crois-tu avoir choqué le bourgeois ? Ne penses-tu pas qu'il aurait fallu faire un film plus soft mais qui assenait le même message ?

C'est l'éternel débat du plus ou du moins. Il y a des centaines de films sur les médias où il y a "moins". Dans tous les films, tu as un môme qui joue à un jeu vidéo... Nous sommes partis du principe qu'on ne pouvais pas faire un film agréable sur la violence qui dénonce la violence. Le film est franc et donc désagréable pour le spectateur. Par contre, ce que j'ai appris, c'est que c'était idiot de faire un film désagréable.

Il n'y a vraiment rien de positif dans l'univers d'Assassin(s)... Tu critiques mais tu ne proposes rien à la place...

Qu'est ce que tu veux que je propose ? Si j'avais des choses à proposer, je serais politicien, pas cinéaste. Je me bats contre les gens qui te dictent leur façon de penser, donc je ne vais pas faire la même chose. Moi je pense ça, après, les gens sont d'accord ou pas.

Mais ne penses tu pas que Assassin(s) aurait dû contenir une petite lueur d'espoir ?

Oui, mais ça n'aurait pas été Assassin(s)...

Que signifie l'affiche d' Assassin(s) ?

D'habitude, sur les affiches de films, ce sont les personnages qui braquent un flingue sur le public. Là, c'était l'idée que nous sommes tous des assassins et qu'il suffit de prendre le flingue.

Pourquoi avoir choisi Carter Burwell pour la musique ?

Je n'avais jamais travaillé avec un musicien... Au début je ne voulais pas de musique du tout et puis, au fur-et-à-mesure, Nicolas, Christophe et moi on s'est dit que sur un film comme celui-là, si on ne mettait pas de musique, ça allait être l'horreur.

Tu penses que la musique de Burwell adoucit les meurtres ?

Oui, ça amène un autre sensation. d'ailleurs Burwell est très fort pour cela.

Tu as recentré la musique parfois ?

Il y a quelques trucs que je n'ai pas mixés parce que je les trouvais trop légers. Je lui avis demandé également de faire quelques fausses notes pour la fin du film, mais. tu ne peux pas demander à un musicien de faire des fausses notes !

Il a refusé ?

Non, il n'a pas refusé, mais il ne l'a pas fait...

Tu as eu l'impression que la musique donnait une autre dimension au film ?

Oui, elle donne de la compassion aux personnages. Si tu ne mets pas la musique, ça devient un film d'enculé.

Es tu toi-même un fan de musique de films ?

Je l'ai été... Le problème c'est que John Williams et Jerry Goldsmith ne faisaient à l'époque que des grands films. Maintenant, ils font n'importe quoi...

Il y a des petits nouveaux qui ne sont pas mauvais : David Arnold par exemple...

Mais ça me fait chier d'écouter de la musique d'un film nul. J'aime la musique des Dents de la Mer parce que c'est Les Dents de la Mer.

Tu aimerais bosser avec John Williams ?

Si je fais Star Wars 4, bien sûr...

Et tu ne feras pas un Star Wars ?

Et non...

Tu as demandé à George ?

Oui, mais ça ne l'intéresse pas trop (rires)...

Tu sais qu'il y avait une rumeur selon laquelle tu devais réaliser un Star Wars...

Continuez à la répandre... Je vais faire Deep Impact 2 aussi...

Tu aimerais faire un film fantastique ?

Oui, surtout un film d'horreur...

Revenons à Assassin (s). Est qu'il y a des critiques qui t'ont fait plaisir ?

Non...Enfin si, celle du Figaro : « Le film le plus nul de l'histoire du cinéma ».

Tu penses qu'ils ont compris ?

Au bout d'un moment, j'ai arrêté de lire les critiques parce que je les trouvais ridicules...

Ca te touche ?

Ca touche toujours... mais ce qui me touche encore plus, c'est qu'ils ont prouvé ce qu'on dit dans Assassin(s) : ils ne font pas leur boulot. S'ils faisaient correctement leur boulot, ils arriveraient dans la salle de cinéma avec moins de haine et plus d'ouverture d'esprit. Ils critiquent tout un système. Ce n'est pas possible... En plus, Assassin(s) aurait eu besoin des journalistes pour qu'ils guident un peu le spectateur et personne ne l'a fait. Mais on attaque tellement les médias qu'ils se serrent les couilles entre eux pour protéger leur système.

Vu l'accueil favorable reservé à La Haine, tu ne pensais pas qu'Assassin(s) allait sûrement se faire détruire ?

J'aurais fait La Haine 2, ça aurait peut être marché au niveau du public, mais ça n'aurait pas marché au niveau des critiques. Quoi que je fasse après La Haine, ça aurait été critiqué. Justement, avec Assassin(s) je suis allé exactement dans ce sens là. Je pensais qu'ils allaient le voir et qu'ils allaient fait une critique du style : au moins, il a les couilles de faire un film comme ça. Ils n'ont même pas reconnu ça, donc, à partir de là, ça ne m'intéresse pas... Je veux bien me faire critiquer, mais par quelqu'un qui reconnaisse qu'un minimum de travail a été fait et qu'il y a une réflexion.

Est-ce-que tu penses que, par ce biais-là, Assassin(s) a été un échec ?

Non, parce que je penses qu' Assassin(s), dans cinquante ans, il sera encore là...

Pas La Haine ?

Si, mais peut-être d'une façon plus historique : « en 1995, voilà le film qui fait patati patata ». Par contre Assassin(s), il sera toujours là, il y aura toujours des cassettes qui circuleront, des gens qui le verront. Je pense qu'il y a encore trop de passion autour de ce film pour l'instant, mais il ne vieillira pas et il sera toujours d'actualité. Je pense que c'est le film qui restera, que je continue à travailler ou pas. Ce n'est pas un film parfait, ce n'est pas un film incompris, mais c'est un film qui est juste. L'histoire nous le prouve et tous les jours on en a la preuve. On ne dit pas que la télé est responsable mais que c'est l'éducation que l'on donne à nos enfants. Je n'ai pas besoin d'être fin psychologue pour dire cela.

Qu'est ce que t'a apporté Assassin(s) ?

Qu'il faut plus de temps pour écrire ses scénarios, qu'il ne faut pas jouer dans ses films...

Formellement, ça a été quand même une grosse évolution pour toi...

C'était une experience géniale, ma plus grosse. J'ai appris par rapport aux comédiens, par rapport à une vraie équipe de cinéma et par rapport à tout le bordel qu'il y a autour.

A Cannes, y-a-t'il eu "un avant et un après" la projection du film ?

Tout le monde pensait que ça allait être un film de gangsters. Il y a eu des journalistes qui ont sifflé à la projection de presse...

Tu t'y attendais ?

Non, mais ça m'a fait marrer parce qu'ils pensaient : "tiens, il a mis une pub Nike parce qu'il a été payé par Nike". Ils n'ont pas essayé de comprendre pourquoi c'était là. Ils ont cru que c'était un truc commercial. Par contre, à la grande projection, il y a eu plus d'applaudissements que de sifflets. Mais ça, les journalistes n'en ont pas parlé.

Justement, comment as tu réussi à avoir Patrick Poivre d'Arvor ? C'est bizare dans ce film-là...

Mais ils sont fous ces gens là. Du moment que tu les mets dans quelque chose... Et puis il ne savait pas... C'est comme l'autre con de Nagui qui veut nous mettre en procès quand le film passera sur Canal+.

Comment t'es venue l'idée du sitcom ?

On a tous eu envie de tuer Hélène... C'était histoire de symboliser ces conneries.

Assassin(s) est ton film où il y a le plus de références au cinoche...

Quand on fait un film sur l'image c'est normal qu'il y ait des références cinoche. A l'intérieur du film, il y en a aussi, notamment à Taxi Driver.

Les références sont beaucoup plus explicite que dans La Haine...

C'est plus un film de cinéma que La Haine... On fait un film violent sur les films violents, c'est normal que l'on y fasse référence. C'est plus des trucs d'instinct que de réflexion.

Quel rapport entretiens-tu avec la banlieue ?

Je préfère parler des gens qui sont en galère plutôt que les intellos de gauche à St Germain des Prés.

Tu as un attrait visuel par rapport au décor de la banlieue ?

Non je ne vais pas là bas parce que c'est plus intéressant à filmer mais parce que c'est plus intéressant pour l'histoire.

Est ce que tu crois que cela peut symboliser une perte de repères ?

Houlaaaa...non.

Ca valait le coup d'essayer...

C'était pas mal (rires).

Pourquoi y-a-t-il beaucoup de teush dans tes films ?

Parce que ça fume beaucoup dans la rue et que ce n'est jamais montré dans le cinéma français.

Tu n'as pas peur que ça te rende antipathique auprès des bourgeois que tu veux toucher ?

S'ils en sont encore à ce niveau-là...

Mais il y en a encore beaucoup à ce niveau-là...

Oui mais c'est pas le premier truc qui va les choquer dans Assassin(s).

C'est clair !

Mais on a fait bien gaffe à ce que les meurtres ne soient pas faits sous l'emprise de la drogue.

Est ce que tu as ressenti que tes méthodes de travail avaient changé entre Métisse et Assassin(s) ?

Assassin(s) était tellement spécial. Je pense que je le verrai surtout sur le prochain.

Tu n'aurais pas pu faire Assassin(s) en premier film...

Non ou alors il faut une grande maîtrise. C'est tellement compliqué de faire un film, c'est très lourd. Ca dépend des gens, mais moi je le ressens comme quelque chose de très difficile. c'est 40 à 50 jours de tournage tous les jours à trouver des idées avec 50 personnes qui attendent et de l'argent qui tombe tout le temps. Il faut connaître un minimum de technique, un minimum les acteurs et il faut être sûr de soi.

Tu vis toujours le tournage comme quelque chose de douloureux ?

En général c'est toujours difficile, mais ça l'a été particulièrement sur Assassin(s) : beaucoup de travail, beaucoup de concentration, beaucoup d'énergie. C'est deux ans de travail qui se concrétisent en 2 à 3 mois de
travail intensif.

Quelle est la partie de l'élaboration d'un film que tu préfères ?

J'adore le tournage malgré tout. Sinon tu ne peux pas faire de films... Enfin, il y a des réalisateurs qui n'aiment pas le tournage. Je suis pas un fou de préparation par contre, mais c'est essentiel. Tout ce qui est casting
et repérages, c'est pas mon truc.

Tu improvises beaucoup sur le tournage ?

Oui, depuis mes courts-métrages.

C'est pas dangereux ?

Non, c'est plutôt agréable...