Fierrot le Pou
Premier Court métrage 16mm Noir et blanc.

Tous les samedis, Solange et un jeune parisien maladroit vont s'entrainer au basket dans le même gymnase.


1er Court métrage 16mm Noir et blanc.

Premier conseil de mon père avant que je me lance dans ce film : Fait avec tes moyens. Compte tes sous et invente une histoire ensuite.

Les moyens, j’en n’avais pas vraiment, alors j’ai inventé une histoire qui ne nécessite pas de dialogues ni de lumière (sur le même principe que le film de Besson). La camera était une Bolex 16mm avec un ressort qui permettait de filmer 30 secondes d’affilé. Le plus gros du budget est parti dans l’adaptateur pour objectifs d’appareil photos qui coûtait un horrible 700 francs (je m’en souviens encore). La pellicule a été récupérée sur différents tournages, l’équipe très réduite était composée d’amis uniquement.

Nous avons réussi des plans incroyable pour la technologie employée (le trans-trav avec le changement de vitesse était épique).

Une fois le tournage terminé, je n’avais plus d’argent pour faire les finitions, donc j’ai filmé l’écran de la table de montage en vidéo pour le montrer aux potentiels producteurs. Je travaillais à l’époque sur des tournages de clips musicaux et les producteurs m’ont proposé d’en faire un clip. Non merci. J’ai finalement rencontré Christophe Rossignon qui avait repris le secteur « films courts » des Productions Lazennec, jeune boîte de production en vogue à l’époque. Christophe, ingénieur de son état, et réparateur de télévisions, était en train de réparer la photocopieuse quand j’ai débarqué dans les bureaux, habillé en coursier vélo, comme le personnage de Félix dans Métisse.

Ma première question à été : Je peux rentrer mon vélo par la fenêtre ?

Il m’a aidé à finir le son et le montage du film. Notre collaboration commence ici, mais elle a bien faillit mourir dans l’œuf : Nous avions organisé « l’avant-première » au Max Linder, fameux cinéma parisien, un Dimanche à 9 h. Toute la famille invitée, ainsi que des professionnels, les techniciens… Le Vendredi soir a 19h je demande à Christophe de vérifier si le Max Linder a bien un projecteur « double bande » (la pellicule image et la pellicule son) ? Le projectionniste interloqué nous dis qu’il n’y a plus de projection « double bande » en 35 mm depuis longtemps…

« Mais nous ne sommes pas en 35 mm monsieur le projectionniste », dis Christophe d’une voix assurée…

« Mais monsieur, nous n’avons pas de projecteur 16mm !!! » Nous répond-il à travers le combiné grésillant.

Vendredi soir 19h. Impossible de diffuser le film. 200 invitations dans la nature.

J’ai regardé Christophe avec la pensée très précise que je ne travaillerais plus jamais avec lui…

Dimanche matin a 9h, Christophe avait trouvé et installé un projecteur 16 mm dans la salle de projection et nous avons pu voir le film comme convenu, avec la présentation THX de l’époque en ouverture de la projection noir et blanc, format timbre poste et son mono de Fierrot…

La meilleure projection de ma vie.

Je voudrais remercier le projectionniste qui s’en souvient encore, ainsi que Christophe qui est un vrai magicien et a toujours un tour dans sa manche. Merci à Georges Diane, voisin de l’époque et possesseur de la Bolex à ressort, il a fait tous les cadres de mes films jusqu’à ASSASSIN(S). Merci à SOLANGE LABONNE et non pas Fabienne LABONNE comme il est écrit sur le générique écrit par ma main. Merci à Alain BRENA (j’ai jamais dit que tu avais un trampoline pour t’aider à sauter). À Szusza et à Tamas (mon frère). À Laurent PASCAUD avec qui j’avais commencé à faire des films S8 quand on avait 12 ans.

Et je voudrais terminer par révéler un secret jalousement gardé jusqu’à aujourd’hui, « Fierrot le pou » a été monté par ma mère Chantal REMY, monteuse de son état, et au cotés de laquelle j’ai passé ma jeunesse à jouer dans les bacs de films, avec les enrouleuses et les rouleaux de pellicules.

Je te remercie maman de m’avoir ouvert l’esprit sur tout ce que la vie offre et sur le besoin de se révolter contre tout ce qui ne devrait pas exister. Je t’aime.

Mathieu Kassovitz


© mathieukassovitz.com

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