MK dans Starfix n° 14, Sept/Oct. 2000
Propos recueillis par
Julien Dupuy et Piéric Guillomeau.

 

Trois ans après le turbulent Assassin(s), Mathieu Kassovitz revient en force avec un pur produit de divertissement, accessoirement son plus gros budget à ce jour et son premier film de commande. Les Rivières Pourpres n'en constitue pas moins l'événement cinématographique de cette fin d'année.

1/ Le retour en France

Starfix : Tu étais parti monter des projets aux Etats-Unis. Que s'est-il passé ?

Mathieu Kassovitz : Il s'est passé qu'aux Etats-Unis il faut beaucoup de temps pour monter un film. Il faut, je pense, accepter de travailler cinq ans à vide. Et quoi qu'il en soit, tu devras composer avec le studio et avec une star qui sera toujours plus star que toi. En plus, il y a énormément d'intermédiaires entre la personne qui est au sommet et la personne qui fabrique. Le système est très improductif. Là-bas, si "Matrix" n'a pas été fait dans ton studio, tu peux être viré pour deux raisons : parce que tu as eu le scénario et que tu l'as refusé ou bien parce que le scénariste n'est pas venu te voir. Tu ne peux t'en sortir que si tu as eu le scénario entre les mains mais que l'auteur n'a pas voulu le réaliser avec ton studio. Du coup, les executives ont plein de projets qu'ils font traîner. En plus, quand un de ces types saute, son remplaçant n'a pas forcément envie de se battre pour les projets de l'autre. J'aurais pu faire un Van Damme ou un film d'action assez vite, mais je n'avais pas envie de ça. Dès que tu as un bon scénario, et surtout que les stars se greffent dessus, c'est l'horreur : pour un Will Smith, tu as quarante personnes qui travaillent avec toi et qui ont chacune leur mot à dire.

Tu avais travaillé avec le scénariste de Buckaroo Banzaï...

J'avais écrit avec Earl Mac Rauch une histoire de voyage dans le temps assez compliqué. Ca prend beaucoup de temps à développer, c'est comme les "Retour vers le futur" : la base est bonne, mais pour imaginer tous les rouages et trouver le ton exact, ça prend du temps. Et tu ne peux pas te planter, parce que ce sont des films à 80 millions de dollars.

Entre-temps, la situation a énormément changé en France.

Là, maintenant, c'est parti. Quand tu vois Le Pacte des Loups ou Le Petit Poucet, ce sont des nouveaux réalisateurs, très "cinéma", très pointus. Pendant que j'étais aux Etats-Unis, un truc s'est passé : il y a beaucoup d'argent en Europe, il y a de plus en plus de films en langue française avec des budgets conséquents et même les Américains viennent tourner ici. Les cinq, six prochaines année vont se passer en France, ou du moins en Europe.

Comment expliques-tu qu'autant de films de serial killer soient sortis cette année en France ?

Je ne sais pas par quoi elles se créent, mais il y a des vagues. Quand Le Pacte... va sortir, tu auras en même temps Le Petit Poucet d'Olivier Dahan et le Pitof ("Vidocq"), des films très gothiques, en costumes. C'est vachement bien que des gens sortent de leur univers personnel pour aller vers des choses plus amusantes. Et c'est marrant de voir qu'à côté, les défenseurs du cinéma intimiste font leur gros film, avec une promotion super commerciale et racoleuse. Ils rentrent dans ce système, mais avec le petit doigt de pied.

2/ Du roman au film

Les Rivières Pourpres est un film qui s'est monté très rapidement.

Oui, assez rapidement : un peu plus d'un an entre la préparation et le film terminé.

Comment as-tu découvert le roman ?

Comme je revenais des Etats-Unis, je n'avais pas entendu parler de Jean-Christophe (Grangé, l'auteur du roman et coscénariste du film). On m'avait conseillé de lire le bouquin et il traînait sur une étagère. Un soit, j'écrivais mes trucs, je galérais, j'y arrivais pas et j'ai pris le bouquin que j'ai lu toute la nuit. Le lendemain matin j'ai fait : "Ouaah !"

Des scènes spécifiques t'ont attiré ?

Non, pas vraiment... L'épisode de la bonne sœur peut-être... et encore, on a abordé le personnage différemment. On a changé pas mal de trucs parce que le bouquin est très difficile à comprendre malgré toutes les explications. Or, tu ne peux pas avoir trop d'explications : dans Sleepy Hollow, tu as vingt minutes de dénouement qui sont super chiantes et qui ne t'aident en rien à comprendre. J'ai donc essayé d'éviter au maximum ces scènes de film policier basique, le côté : "Oui chef ! Bon sang mais c'est bien sûr !" Et puis c'est pas le top les gendarmes en France. Ca marche aux Etats-Unis, pas ici.

As-tu réalisé telle quelle la mise en scène des meurtres du livre. On y aurait encore retrouvé ces jeux avec les miroirs déjà présents dans tes films.

Ca par exemple, on ne l'a pas fait. C'était trop compliqué, visuellement et scénaristiquement, surtout si tu veux éviter des scènes d'explications.

Et le fait que les deux personnages soient séparés pendant une grande partie du bouquin ?

Ca c'est très bien ,les histoires parallèles. Mais de toute façon, on a gardé la même structure, ce sont les détails qu'on a laissé tomber.

Tu n'as pas gardé non plus l'introduction du livre...

Non, trop cher (sourire). Très longtemps, on s'est demandé quel pourrait être le début du film et si tu montres cette intro, tu es forcé d'avoir ensuite une scène au commissariat avec le chef de Niémans qui vient lui dire : "Tas pété les plombs... qu'est-ce qui t'arrive ?" Et, honnêtement, j'ai pas le courage de filmer ça. J'en ai marre de voir au cinéma le flic qui est sur la corde raide... C'est un cliché du buddy movie que j'ai essayé d'éviter. Là, j'ai vu le Schwarzenegger, "End of days", et quand ils mettent de la psychologie là-dedans, c'est ridicule, c'est trop artificiel. Et puis tu ne vas pas commencer ton film avec un personnage qui tue à moitié un supporter : ton personnage est tout de suite présenté comme un enculé. Dans le bouquin, après cette introduction, tu as dix ou vingt pages sur la jeunesse de Niémans pour expliquer cette scène. Et on ne pouvait pas se permettre ça.

Oui, mais ça définissait le personnage.

Mais tu fais rentrer Jean dans une pièce, tu lui mets un manteau en cuir, et ça y est, le personnage est là. Et puis, dans le film, les informations seront présentes, mais disséminées dans le déroulement de l'histoire. Ce qui est bien dans "Se7en" ou "Le Silence des Agneaux", c'est que tu découvres les personnages au fur et à mesure : on t'explique pas pourquoi Morgan Freeman a un métronome au chevet de son lit. Mais ce détail t'aide énormément à cerner le personnage. J'ai beaucoup aimé le rapport qu'à Niémans avec les chiens par exemple.

Jean-Christophe Grangé a accepté toutes tes modifications ?

Il avait écrit une adaptation : c'était son premier scénario et il manquait de recul pour adapter son livre. Avec un scénario, tu entres dans des problèmes de logique qui n'ont rien à voir avec le bouquin : dans un livre tu fais tout passer, c'est de l'imagination. Au cinéma, tu montres tout. Et puis, quand j'ai lu le bouquin et le scénario après, je ne comprenais pas pourquoi Jean-Christophe avait jeté ça plutôt que ça. On a rajouté pleins de trucs à son script, des choses qu'il avait lui-même évincées sans trop savoir pourquoi. Très vite de toute façon, il m'a dit : "C'est un film, c'est pas un livre, on peut donc sacrifier à la serpe".

Est-ce que le fait que beaucoup de spectateurs auront déjà lu le roman et connaissent la fin a posé un problème ?

On a fait une fin complètement différente de celle du livre de toute façon.

Pourquoi ?

La fin était bien pour un bouquin, pour un film c'est trop abrupt. La fin devait être un crescendo, tu ne pouvais pas finir avec une fin de roman. Elle fonctionnait dans le bouquin parce que ton esprit continue de travailler, même si tu restes sur ta frustration. On s'est dit qu'il fallait surtout garder l'état d'esprit du livre, que les gens retrouvent l'atmosphère. On s'est d'ailleurs posé la question du genre du film...

Et alors ?

C'est pas vraiment un thriller, c'est pas un film d'horreur... C'est un film d'ambiance entre Se7en et Le Silence des Agneaux. C'est pas aussi graphique que Se7en, mais c'est plus graphique que Le Silence des Agneaux, il y a moins de victimes que dans Se7en, mais plus que dans Le Silence des Agneaux. C'est vraiment un film d'ambiance : ça se passe dans la montagne tout est gris, il n'y a jamais de soleil, c'est sinistre, les gens sont tous bizarres.

Justement, l'ambiance a dû te changer, toi qui n'avais fait que des films citadins jusque là...

Ah c'est super : le scope, la montagne...

3/ La préproduction

Pour le casting ?

C'est un des trucs qui m'a attiré dans le roman de Jean-Christophe : on m'avait dit que Jean Reno voulait le rôle de Niémans. Et en plus, il y avait un personnage pour Nadia (Farès), un autre pour Vincent (Cassel)...

Tout ça t'a semblé aussi évident ?

Ah oui, Nadia et Jean, tout de suite. Vincent c'est différent, parce que c'est un black dans le bouquin. Un jour, je discutais avec Vincent et je lui dis que je cherche un acteur noir pour jouer face à Jean. Il fallait donc que ce soit quelqu'un qui ait les épaules. Vincent me regard et me dit : "Et pourquoi pas moi ?" Et effectivement, je me suis dit qu'il n'y avait aucune raison particulière au scénario pour que ce ne soit pas lui. Et le duo est parfait. Déjà, physiquement, ils ont une gueule assez similaire... c'est vraiment le père et le fils. Tu as envie de les revoir dans un autre film, d'utiliser encore les personnages.

Comment as-tu travaillé le personnage de Niémans avec Jean Reno ?

Le problème de Jean, c'est que physiquement, tout a été fait avec lui. On a beaucoup joué sur le côté aventure personnelle d'un mec que l'on découvre fragile, humain et qui va affronter ses démons. Jean se lâche sur certains plans, c'est le pur anti-héros. A tel point d'ailleurs, que c'est devenu une des angoisses du producteur.

Tu as déjà dit que tu n'aimais pas la préparation d'un film ?

Je n'aime pas la préparation parce que ça m'angoisse. Mais quand tu fais "La Haine", tu fonctionnes sur l'énergie, alors que sur "Les Rivières...", t'as intérêt à savoir où tu poses ta caméra.

Tu as donc beaucoup préparé ton film ?

Tu fais un storyboard, ça amuse tout le monde, mais personne ne le regarde vraiment ou l'étudie. Ca aide pour certains trucs mais c'est pas encore la préparation à l'américaine.

C'est peut-être mieux comme ça...

Ca dépend... Des fois, il faut que tu saches très tôt et très précisément ce que tu fais.

Et pour les repérages ?

On a fait pas mal de repérages vers Grenoble. On a suivi la Houille Blanche, des endroits où ont été construits au début du siècle plein de petits villages, qui sont maintenant des villages fantômes, avec des centrales électriques pour tirer le jus des torrents... On a des décors absolument géniaux.

J'ai vu les maquillages chez Jean-Christophe Spadaccini, Denis Gastou et Pascal Molina. Ils sont impressionnants. Ils ont bossé dessus pendant trois mois je crois.

Le corps est beau, c'est vraiment une pièce de musée. Je l'ai filmé à quelques millimètres, et tu ne te poses même pas la question s'il est vrai ou faux, tu peux même penser que c'est un effet numérique.

Ton film est gore ?

C'est pas gore, c'est "sanglant grand public". C'est pas du Fulci quoi.

4/ Le tournage 1

L'ambiance du film a-t-elle déteint sur l'ambiance du tournage, comme ça avait été le cas sur "Assassin(s)" ?

Non, sauf quand j'étais énervé et que je foutais une ambiance de merde (rires). "Les Rivières..." c'est beaucoup plus ludique, et quand tu as des problèmes, c'est une simple question de mise en scène.

A quel point as-tu travaillé dans un esprit différent de celui que tu avais pour "Assassin(s)" ou "La Haine" ?

Ca n'a rien à voir. Déjà, c'est pas mon histoire, et j'avais vraiment envie de faire un divertissement pour le public, de faire mon pop corn, le film que t'as envie d'avoir en DVD, mais... plutôt smart, intelligent.

Et il y a tout l'aspect avec les Nazis par exemple.

Quand j'ai lu le roman, j'ai vu qu'il y avait tous les éléments qui me passionnent : des Nazis, de l'action, Jean Reno, des chiens. C'est vraiment fait pour moi, en tant que spectateur.

Tu as changé de directeur de la photo...

J'ai changé d'équipe...

... mis à part ton cadreur, Georges Diane.

A part Georges, mais je ne peux rien contre lui (rires). Comme c'était un projet à part, c'était l'occasion de collaborer avec des techniciens provenant d'univers différents. J'ai travaillé jusqu'ici avec les mêmes personnes depuis mes premiers courts métrages. On a progressé ensemble et ils sont donc au même niveau que moi. Alors que là, cette nouvelle équipe m'apportait quelque chose de neuf. Thierry Arbogast (le directeur photo de Luc Besson) a fait une lumière magnifique. En plus, il travaille vite et en employant beaucoup d'éléments naturels...

Ta mise en scène a évolué depuis "Assassin(s)" ?

Ma réalisation était naturellement dépendante du sujet sur "Assassin(s)" que ça la bouffait. Là, j'avais l'occasion de ne faire que de la mise en scène : j'aurais très bien pu ne pas m'occuper du scénario. Je me suis éclaté, je suis très content du résultat, le film est très élégant.

Tu as encore travaillé sur le plan séquence ?

Non, beaucoup moins. C'est pas le genre de film où le plan séquence est approprié. Enfin, je dis ça, en fait il y a plein de plans séquences... Mais ce n'est pas un film conceptuel. L'important c'est l'ambiance, le rythme. Ce qui ne veut pas dire que tu fais n'importe quoi, à tourner sous quinze angles différents pour te démerder ensuite au montage... Mais je me suis un peu plus couvert que sur les autres. Tu ne peux pas te planter sur un film comme ça.

Il y a plus de scènes dans le film que dans le roman qui se déroulent dans la glace, dans la montagne, non ?

C'est ça qui m'intéressait, c'était le roc.

Ces scènes ont été tournées dans un vrai glacier ?

Des scènes toutes bêtes, comme celle où ils découvrent un cadavre dans la faille du glacier, étaient très dures à concevoir. Comment tu fais ça ? Dans le roman, Niémans est en rappel contre la faille. Tout à coup, il regarde la paroi et voit le corps sous la glace, à cinq centimètres de lui avec le soleil qui passe derrière. Ca veut dire qu'il faut construire en studio une faille de vingt mètres de haut, de cinquante mètres de long, en plastique, avec des projos derrière ? C'est impossible à faire, ça coûte une fortune, sans compter que la fausse glace c'est super dur à faire. Et puis un faux glacier c'est laid, alors qu'un vrai c'est magnifique. Il n'y a rien de plus beau que le vrai.

Mais le tournage a dû être très difficile.

C'était la galère. On était dix, une équipe super réduite, et il y avait huit guides. On a monté une Louma sur le glacier et monter une grue là-haut, quand il y a une tempête... Un glacier c'est deux cent mètres de neige, le sol est deux cent mètres plus bas. Et le truc bouge. Tu fais descendre Jean et Nadia en rappel à cinquante mètres de profondeur, avec des techniciens qui courent dans tous les sens, le guide qui hurle "N'allez pas par là, il y a un trou !" Et puis il se met à y avoir du vent, tu passe de 0° à - 10°, les têtes des manivelles gèlent... Tu rentres dans des problèmes logistiques très, très lourds.

Tu ne t'attendais pas à ce que ce soit aussi dur ?

Personne ne s'y attendait. On s'est retrouvé à terminer des scènes en quinze jours, alors qu'on avait prévu de les tourner en trois. C'était du délire, du n'importe quoi. On se lève et à six heures du matin on regarde le ciel : il y a des nuages partout. On se dit qu'on va monter quand même sur le glacier. A neuf heures, arrivés là-haut, ça se dégage. A dix heures et demi, ça se recouvre. Et à onze heures et demi, une tempête se lève... Si tu n'es pas parti dans les cinq minutes chrono, le téléphérique s'arrête et l'hélicoptère ne peut pas monter te chercher. On était à 3 200 mètres : pendant une tempête, tu ne tiens pas debout, tu respires mal, des morceaux de glace comme ça t'arrivent dans la gueule. Il y a des techniciens qui pleuraient de rage : l'assistant caméra enlevait ses gants et mettait dix minutes à charger la pellicule, parce que tu trembles et que ton cerveau fonctionne mal là-haut. Et au moment où la pellicule est chargée, elle casse parce qu'elle est trop froide. Donc les mecs doivent aller charger dans des tentes de survie, avec le metteur en scène qui arrive et qui leur gueule dessus : "Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! Dépêchez-vous !" (rires). Même pour porter un truc, c'est trois fois plus dur, les mecs saignent du nez, les acteurs doivent faire une bagarre et au bout de la troisième prise ils sont essoufflés, le steadycamer s'enfonce dans la neige, tu ne peux tourner que de onze heures à quinze heures. Bref, c'est l'horreur.

C'est ce qu'il y avait de plus dur à tourner ?

Ah ouais, de loin !

5/ Le tournage 2

Il doit y avoir pas mal de scènes d'action, de bastons. Tu as dû t'amuser à les réaliser ?

On a fait une belle bagarre avec les Skins, un truc mortel, un peu à la Jackie Chan. Avec Vincent et deux copains cascadeurs à lui (un champion d'Europe de Kung-Fu qui travaille sur le film de Gans et Christophe Bernard), on a vachement répété. On a quand même cassé le nez de Vincent. Mais ça cogne, ça tape, sur des plans super longs. C'est chorégraphié mais pas trop. C'est pas du "Matrix" ou du Gans, mais c'est pas filmé sauvagement caméra à l'épaule non plus. C'est super ludique. C'est pas trop justifié d'ailleurs, on se demande pourquoi ils se battent comme ça. Bon, on a quand même trouvé quelques raisons.

Et ce n'était pas difficile à tourner ?

C'est dur parce que tu n'as jamais le budget qu'il faut. Il aurait fallu cent vingt millions pour faire le film comme le metteur en scène l'aurait voulu, avec les cascades poussées jusqu'au bout, tournées avec deux équipes. Et on a cent millions. Par exemple, pour une grosse scène de poursuite, on avait trouvé un pont génial de cent mètres de hauteur qui faisait pile la largeur de la BMW, avec un Hummer qui pousse la voiture. On voulait finir la cascade avec la voiture qui tombe en flamme du haut du pont. Mais tu ne peux faire que la moitié de ce que tu as prévu à cause du budget. Et puis, tu as des problèmes logistiques qui te freinent : si ton pont fait la largeur de la voiture, comment tu fais pour aller d'un côté ou de l'autre de celle-ci ? Si tu as besoin de faire passer une dolly, par exemple, il faut faire vingt kilomètres de détour...

Proportionnellement, ça n'a pas du vraiment te changer de tes autres films...

Non, finalement rien ne change...

Tu as toujours recours à des bricolages pour joindre les deux bouts...

Sauf que les bricolages sont très high tech. C'est ça la différence avec "La Haine".

Filmer toutes ces scènes d'action, ça doit être, malgré tout, très enthousiasmant ?

C'est super enthousiasment, même si c'est aussi très frustrant de se réfréner. Ce qui est bien, c'est que c'est un film à l'américaine fabriquée à la française. Parce qu'un film comme ça, aux Etats-Unis, avec une star comme Jean, ils le font pour le double. Ici, ça reste très artisanal.

As-tu eu une réflexion à l'américaine, c'est à dire une intro qui pète et puis, à toutes les bobines, un climax ?

Non, ça vient plus naturellement : tu vois si tu te fais chier ou pas quand tu lis le scénario. Mais on s'est quand même posé la question : Alain Goldman, le producteur, travaille très à l'américaine et il voulait commencer avec l'intro du bouquin, dans laquelle on aurait tout pété. Pour moi, ça ne collait pas mais, par contre, on a fait un générique gore, glauque, graphique et beau sur le corps fabriqué par Spadaccini et Gastou.

D'après tout ce que tu nous dit depuis le début, on a l'impression que ton implication dans "Les Rivières..." n'avait rien à voir avec celle de tes précédents films.

Mon ambition, c'était de faire simplement un film en tant que metteur en scène et c'était l'occasion ou jamais. Mais c'était pas encore ça (rires) : tous les soirs, je réécrivais pour le lendemain. Comme quoi, quand tu fais un film, tu ne peux pas le lâcher. Mais là, j'aurais fait un film d'après mon sujet, vu la difficulté du tournage, je crois que je serais mort. J'ai quand même lâché du leste, je suis plus serein. Surtout après être passé par "La Haine" et "Assassin(s)"...